Linlithgow 30 ans - Signatory Vintage - jeudi 11 mai 2006 
linlithgow SV 1975 Ce whisky au nom pratiquement imprononçable provient d'une distillerie située dans les Lowlands qui suivant les années s'appelait soit St-Magdalene, soit Linlithgow qui est le nom de la ville qui l'héberge. Fermée en 1983 elle contient des trésors sans doutes trop méconnus. Cette version de Signatory Vintage est un brut de fût de 1975 (30 ans) embouteillé à 47,7%


Linlithgow 30 ans - 1975/2005 - 47,7%. Signatory Vintage. Fût n° 96/3/39 - Hogshead - 220 bouteilles.
La forme de la bouteille très réussie, la couleur vieil or renforce l'idée de tenir un petit trésor entre les mains. Au premier nez, on peut se rendre compte immédiatement qu'il s'agit d'un malt complexe et fin. C'est qu'il s'agit de ne pas le déguster après un gros balourd genre tourbé ou un first fill sherry, non non. Apparaissent des notes de bananes vertes, fruits exotiques puis de la pêche et après quelques minutes d'aération ce sont des flaveurs de fleurs capiteuses qui se développent. En bouche, le degré naturel est presque trop faible pour soutenir la comparaison avec le nez. C'est huileux, de la matière, toujours sur les fruits exotiques en restant dans la dentelle. C'est un whisky qui semble fragile, en équilibre, prêt à s'écrouler, le dernier ange de la distillerie semble dans cette bouteille, il était temps de le boire! Les agrumes et les tannins font apparaitre une sécheresse en finale mais l'ensemble est d'une haute tenue. Ce Linlithgow est effectivement un petit trésor! 19/20 pour Sacha.

Les enquêtes de l'inspecteur Sherry 
lundi 01 mai 2006 
Faut-il mettre de l’eau dans son whisky ?

L’idée de cette enquête m’est venue en repensant à un épisode survenu il y a quelques mois lors d’une dégustation chez Benoît. L’ami Pierre Nicolas avait amené un flacon de son Brora 30 ans 2nd release et lorsque j’y ai versé quelques gouttes d’eau pour l’ouvrir un peu, j’ai été sincèrement surpris de sa réaction terrorisée… Pour moi les bénéfices de l’ajout d’eau dans un brut de fût étaient admis par tous les amateurs dignes de ce nom, et pourtant je m’étais trompé, tel n’est pas le cas (si on veut bien considérer Pierre comme un amateur digne de ce nom, qualité que je lui concède pour ma part sans frémir). Soucieux d’éclaircir le mystère, j’ai donc fait appel à notre ami l’Inspecteur Sherry pour m’aider à résoudre cette énigme.

Ensemble nous avons décidé de consulter partisans et adversaires de l’eau dans le whisky. Dans un souci d’objectivité et de transparence je restitue en intégralité les réponses que j’ai reçu, ce qui vous permettra de vous faire votre propre opinion (c’est-à-dire de conclure comme moi que OUI, on peut dans la plupart des cas ajouter de l’eau à son whisky et en tirer avantage).

Le panel d’experts de haut niveau réunis à cette occasion se compose de quatre personnes. En faveur de l’ajout d’eau, Serge Valentin et Jean-Marie Putz qu’on ne présente plus, dégustateurs de renommée internationale. Et contre l’ajout d’eau, Pierre Nicolas donc et Marc Jimenez, tous deux également mondialement connus des habitués des bas-fonds whiskiesques de la capitale. Je leur laisse sans plus tarder la parole, en commençant par Serge :

« Je ne mets de l’eau que dans certains cas :

- Lorsque le malt dépasse, disons 56/57% - et toujours pour me faire une seconde opinion. Je ne dilue jamais tout de go.

- Lorque le malt me semble fermé et peu aromatique, quel que soit le degré. Parfois, l’eau le réveille, parfois non.

Il faut toujours attendre qq minutes après dilution (toujours à la pipette) car il se produit un phénomène de saponification (arômes de savon) qui disparaît ensuite. Il est fréquent que l’eau apporte des côtés fermiers/organiques, notamment à des whiskies dominés par le sherry et restant simplement sur le rum/raisin sec/café/vin s’ils ne sont pas dopés par un peu d’eau.

Cela dit parfois l’eau tue le whisky. C’est pourquoi on caractérise certains whiskies de “bons” ou de “mauvais” nageurs. »

Ici je m’arrête pour faire quelques commentaires… On voit tout de suite qu’on est en compagnie d’un grand spécialiste. Analyse chimico-gustative pointue et surtout sens de la nuance, avouons que le propos est de toute évidence extrêmement crédible. Merci Serge, passons à Jean-Marie (remarquez que mon sens de la neutralité va jusqu’à laisser les défenseurs du whisky sans eau s’exprimer en derniers, un avantage non négligeable):

« Personnellement, c'est pour augmenter le volume du whisky. J'ai remarqué qu'il est nettement plus avantageux financièrement d'ajouter de l'eau dans le verre plutôt que du whisky. Et puis le coca, c'est pas trop mon genre.

Plus sérieusement, j'avoue qu'il y a déjà quelque temps que je n'ai plus ajouté d'eau dans le whisky. Il serait peut-être grand temps de recommencer. Mais je me suis toujours limité à une ou deux gouttes. Surtout depuis que j'ai des pipettes. C'est bien pratique. J'ai très souvent remarqué que cela permettait aux odeurs de se révéler de façon plus intense. »

Ici ce qui ressort en premier lieu c’est une grande honnêteté, Jean-Marie affirme sans ambiguïté les vertus de l’ajout d’eau mais passe aussitôt au confessionnal : il lui arrive de plus en plus souvent de sauter cette étape. Dommage quand on est équipé d’un matos aussi pointu (plusieurs pipettes, waouh ! Là JM tu m’épates…). Et puis il y a ce sens de l’humour décapant qui transpire du premier paragraphe, franchement quel talent ! Honnêteté, humour, on voit que Jean-Marie est quelqu’un de bien, ce qui là aussi renforce la crédibilité du propos. Allez JM, comme tu dis il est grand temps de recommencer. De l’eau, de l’eau !

A ce stade de notre petite enquête, j’imagine que vous êtes comme moi dans un état d’excitation insoutenable : mais comment diable Pierre et Marc vont-ils s’en sortir face à un tel plaidoyer ??? Vos mains tremblent, votre gorge s’assèche, vous n’en pouvez plus : je livre à votre sagacité les brillantes réponses des frères Bogdanov du whisky, en commençant par Pierre. Pour mémoire la question était donc : pourquoi n’ajoutez-vous pas d’eau dans votre whisky.

« Parce qu'on est pas des taffioles !
Non car en général je prefere garder le gras en bouche et bien souvent je ne trouve pas ça plus interessant dilué différent pas mieux. »

Ahem… Que dire… Que voilà un contre-argumentaire percutant ! Notez la finesse du propos que l’on peut déceler tant dans la poésie de la première phrase que dans l’absence quasi-totale de ponctuation et d’accent de la seconde… Allez, sérieusement… vous voulez vraiment boire votre whisky comme ce type ??? Je vous sens sur le point de basculer définitivement du côté de l’ajout d’eau, mais comme je vous l’ai dit Impartial est mon second prénom, aussi nous irons jusqu’au bout en laissant maintenant la place à Marc.

« 1/ pourquoi vous mettez de l'eau :  pour ouvrir un malt un peu fermé ou trop alcooleux - je le fais tres rarement car (voir 2)

2/ pourquoi vous en mettez pas : je trouve que cela rend le Malt aqueux et que cela casse la texture ne bouche
»

Une analyse objective du propos force à reconnaître que Marc sert mieux sa cause que Pierre : un certain sens de la nuance, c’est vrai. Mais – hasard ou coïncidence ? – on note là aussi quelques coquilles de frappe qui décrédibilisent tout de suite le personnage. Et puis comment faire confiance à un type qui n’a pas compris que seule la seconde question s’adressait à lui ??? La vérité c’est surtout que je lui ferais nettement plus confiance en matière de cigares… Whiskyphile, passe ton chemin !

Voilà, au terme de cette enquête mon opinion initiale se trouve amplement confirmée, mais j’ai pris soin de laisser à chacun la possibilité de se faire sa propre opinion. Ah oui, une dernière chose… Quelques mois après cette soirée au cours de laquelle Pierre a failli m’étrangler, il m’a confié que pour son dernier verre de ce Brora 30 ans, il avant tenté l’ajout d’eau « pour voir »… Et alors Pierre, le résultat ? « Ben… il était meilleur comme ça »!


Laphroaig 12 ans Cadenhead's
lundi 24 avril 2006
Laphroaig 12 ans
Nez tourbé, assez sec et fruité. Un côté médicinal (sans rire…) mais pas seulement (on est bien avancés). Des plantes (lesquelles ???). Superbe de finesse tourbée et de précision en tout cas. En bouche c’est parfaitement équilibré, très doux (bon OK, à l’échelle d’un Laphroaig brut de fût, allergiques s’abstenir), fruité et la tourbe et le sel reviennent en finale. Excellent whisky!


Laphroaig 12 ans 1991 Cadenhead's - 56,2%
Bourbon Hogshead





Bon allez, j’avoue… Je rangeais ma bouteille en pensant lui mettre un 18, ce qui reste une excellente note, mais j’étais un poil déçu, je m’attendais à le noter mieux… Et là je me suis dit que j’avais certes ajouté quelques gouttes d’eau, mais je n’avais pas tenté une vraie réduction. Je ressors ma bouteille et mon eau et je me mets au boulot (j’en connais qui auraient poussé des cris en me voyant faire… faudra que je ponde un jour un petit truc sur les réfractaires à l’ajout d’eau dans le whisky, une espèce à part et j’espère en voie de disparition). Bingo ! Douceur, complexité, précision, fruits, tout s’accentue avec cette réduction (notez le sens du paradoxe…), et un côté un peu sec a disparu. La note monte ! On passe d’un excellent whisky à un vrai coup de cœur. Un demi-point de plus qui fait toute la différence. Dire qu’il y a des gens qui vivent sans connaître Laphroaig…18,5/20 pour Vincent.

Ballechin New Spirit
-
lundi 17 avril 2006
..Et c'est Vincent qui se lance:

"eh bien pour commencer cette série de notes de dégustation, nous allons nous pencher sur le lourd dossier du Ballechin – un distillat d’Edradour tourbé de 6 mois dégusté chez l’affreux Pierre, alias « c’est dégueulasse». Ce Ballechin faisait l’objet d’un petit concours de dégustation qui nous avait permis à l’époque, grâce au flair incomparable de notre ami Sacha – le cochon truffier de la bande – de repartir avec un sample de Laphroaig 31 ans 1974. La caractéristique principale de ce Ballechin était de posséder des notes fermières assez prononcées tirant nettement sur la bouse de vache, ce qui en tant que normand n’était pas pour me déplaire. 

Mais je ne résiste pas au plaisir de laisser maintenant la parole à Benoît qui en tant que Ch’ti a nettement moins goûté ces senteurs bovines...

Benoît : Je me dois pour ma par de citer ce même Pierre : Ca poke !  Et c'est dégueulasse ! Comme l'a dit Vincent, ce Ballechin insiste lourdement sur la bouse de vache. Très peu pour moi donc, je n'en raffole pas. C'est l'un des rares malts que je n'ai pas su finir d'ailleurs. En temps normal je n'apprécie  que moyennement les jeunes tourbés, et le côté métallique des jeunes distillats ne me passionne pas non plus, ce Ballechin décroche donc le ponpon en matière de souffrance du dégustateur. J'y reviendrai dans quelques années, en attendant je passe la parole à Sacha.

Sacha : Etant tombé face la première dans une bouse de vache dans ma Normandie natale, je rejoins Vincent dans son appréciation: il y en a et J'adore! Bon, il ne faut pas oublier que c'est un distillat de 6 mois qui titre plus de 60° d'alcool, l'aspect métallique est bien présent, c'est loin d'être de la dentelle mais c'est largement prometteur. Dès les premières flaveurs on pense "tourbe", "tourbe" et "tourbe".



Coffre à alcool chez Edradour



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Drôles de drams

Rencontres plus ou moins nocturnes autour d'un verre de whisky dans des lieux plus ou moins étranges.  Bien calés dans le canapé de luxe Ikea et nous voilà parti à la quête du St-Graal  whiskiesque..


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            Avril 2006


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